Jusqu’où la production comptable est-elle automatisable ?

Jusqu’où la production comptable est-elle automatisable ?

Alors que la dématérialisation progresse, voyons concrètement si l’automatisation de la production comptable a des limites. Le point avec quelques experts-comptables qui ont mis ce sujet au centre de leurs réflexions.

« Les trois types de flux (bancaires, factures clients et factures fournisseurs) qui représentent 90 % des écritures comptables sont automatisables, constate Jean Saphores, président de la Commission innovation technologie du CSOEC. Mais la difficulté tient encore à la récupération de ces données et à l’intégration des flux. C’est tout l’enjeu pour les dix ans à venir car les très petites entreprises ne sont ni prêtes ni organisées pour collecter leurs documents », ajoute-t-il. Certes, les nouveaux services de télé-déclaration, comme la DSN, favorisent l’automatisation de la récolte. Mais globalement, les entreprises semblent en effet avoir des difficultés à automatiser leurs propres flux. Y compris les plus grosses. « Je mène actuellement une réflexion pour réduire les temps de sortie (fast closing) des comptes annuels et consolidés du groupe Mary Automobiles qui passe notamment par la refonte de la procédure de suivi des engagements de dépenses. Cette réflexion est un prémisse à l’accentuation de l’automatisation de la production comptable avec la dématérialisation de la chaîne des achats », témoigne Benoit Rivière, directeur comptable du groupe Mary Automobiles (600 collaborateurs). Un projet qu’il estime réalisable à deux ans car il nécessite des négociations avec les fournisseurs, des adaptations en termes de logiciel et de la formation.

Des flux automatisables à 100%

« De nombreuses solutions existent actuellement pour intégrer automatiquement les flux bancaires dans l’application comptable du cabinet. Un paramétrage efficace du progiciel d’expertise comptable permet de proposer des numéros de comptes en fonction des libellés de flux bancaires », précise Cyril Degrilart, expert-comptable CDegrilart Expert (Paris, 4 collaborateurs). Les facturations de vente étant réalisées à partir du système de gestion, il suffit de connecter celui-ci au système comptable pour que les informations de vente soient automatiquement intégrées. « A minima, le cabinet d’expertise peut obtenir de son client une extraction du système de gestion, qui sera mise en forme manuellement pour intégration dans l’application comptable », ajoute Cyril Degrilart. Enfin, concernant les achats, l’intégration des écritures via une reconnaissance optique de caractères permet d’automatiser partiellement les flux. Avec le développement des achats par internet, de nombreuses factures d’achats sont désormais reçues directement en PDF par le client. Les autres factures «papier» sont scannées par le client ou par le cabinet. Néanmoins si tous les flux des achats ne sont pas encore dématérialisés, ils le seront en totalité dans le futur, c’est une question de temps. On le voit, la saisie comptable est automatisable en théorie à 100 %. D’ailleurs, commente Philippe Barré, associé de Pluriel Consultants, « peu à peu la collecte et la saisie vont fusionner et la saisie proprement dite disparaîtra ».

« La tenue comptable ne constitue bien évidemment pas la seule source d’information à intégrer dans la liasse fiscale. Les progiciels d’expertise comptable permettent aujourd’hui de générer automatiquement de nombreux tableaux de la liasse fiscale. Certains paramétrages, calculs spécifiques et éléments d’information nécessitent néanmoins l’intervention du professionnel du chiffre », ajoute Cyril Degrilart. Une partie des opérations courantes liées aux inventaires sont ainsi automatisées. Mais la clôture des comptes et la révision nécessitent une intervention humaine forte.

Les limites à l’automatisation

Car la révision et le conseil ne semblent guère automatisables. Tout au moins pas en totalité. « Suivants l’approche par les risques, certains logiciels identifient des anomalies et des incohérences et alertent l’expert-comptable sur des points de vigilance, en ce sens la préparation de la révision est en partie automatisée », résume Philippe Barré. Une approche par les risques est donc en train de s’imposer.
Techniquement, « l’automatisation nécessite une révision régulière et minutieuse des paramétrages, en complément de la révision comptable traditionnelle », explique Cyril Degrilart. Cette révision des paramétrages consiste à vérifier la cohérence des informations automatisées passées, la pertinence des traitements dans le temps et l’anticipation des problématiques futures.
Mais le jugement professionnel, élément clé de la révision d’un dossier n’est pas automatisable. « Il est évident que la réelle valeur ajoutée de la partie littéraire est dans le conseil adapté qu’apporte l’expert-comptable et il n’est pas automatisable », confirme Cyril Degrilart.

Enfin, indique Brigitte Billerot, directrice marketing produits experts-comptables chez Sage France, pour les éditeurs, la tenue comptable étant automatisable en théorie à 100 %, « les marges de progrès portent sur les outils de co working entre l’entreprise et le cabinet d’expertise comptable, afin de permettre au second de disposer d’information en temps réel, d’optimiser sa production et de fournir davantage d’outils de pilotage à son client ».

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