L’intelligence artificielle et la profession comptable

Parmi les avancées technologiques les plus en vues, l’intelligence artificielle (IA) pourrait impacter fortement l’activité des cabinets d’expertise comptable. Voici le 1er volet de notre série sur l’IA : Les enjeux.

L’intelligence artificielle (IA) met en oeuvre des technologies «cognitives» permettant à des robots ou à des logiciels d’exécuter des tâches jusqu’ici réalisées par l’homme. Son champ d’applications est vaste. D’aucuns distinguent l’IA faible de l’IA forte : la première se contenterait d’imiter l’homme en reproduisant ses actions, quand la seconde exécuterait des tâches qu’il ne peut pas réaliser. Les experts-comptables doivent–ils s’intéresser à l’intelligence artificielle ? Dans son ouvrage L’expert-comptable et l’économie numérique, Philippe Arraou recommande de suivre de près cette technologie. Il évoque les investissements réalisés par les Gafa (acronyme désignant les géants du numérique Google, Apple, Facebook et Amazon) dans le rachat de start-ups du secteur et les bouleversements annoncés dans le commerce, le marketing, la livraison, etc. « Bien que l’IA en l’état soit plus adaptée à une activité industrielle (robotisation en usine ou drone de livraison) qu’à une activité intellectuelle, il est important de s’y pencher », précise de son côté Cyril Degrilart, expert-comptable et enseignant DSCG/ DEC à l’ENOES. « Avec l’assistance des nouvelles technologies, l’être humain a très certainement un grand avenir dans la profession comptable, comme dans tous les métiers de services qui se réinventent ! » se réjouit-il. Mais Cyril Degrilart préfère employer l’expression «d’intelligence augmentée». « Elle utilise des capacités informatiques de plus en plus développées pour améliorer la réflexion humaine et gagner en rapidité d’exécution des tâches », résume-t-il. Cette forme spécifique d’intelligence artificielle permet de mettre en oeuvre simultanément les capacités cognitives humaines de réflexion et d’analyse et les capacités de mémoire et de combinaison d’information du robot.

Des robots intelligents

En comptabilité, l’IA trouve un premier niveau de traduction concrète dans l’automatisation de la production comptable. « Ce genre de fonctionnalité existe déjà, les tâches étant d’une part reproductibles plusieurs fois et d’autre part soumises à des règles très claires, (par exemple, une facture EDF est toujours comptabilisée dans le même compte comptable) », explique Grégoire Leclercq, directeur de la relation client chez EBP. Le premier étage de la fusée ne manque pas d’attraits : « En rendant le rapprochement comptable automatique, le risque d’erreur diminue « , affirme Grégoire Leclercq. En outre les experts comptables et leurs clients gagnent du temps en éliminant la saisie de leurs tâches récurrentes. Surtout, ajoute Cyril Degrilart, « l’intelligence artificielle augmente la capacité de traitement et de stockage des données et peut à ce titre faire vraiment entrer la profession dans le XXI° siècle ». Les cabinets d’expertise comptable devraient pouvoir ainsi multiplier le nombre de dossiers traités par collaborateur. Et ce n’est pas tout, la qualité du suivi devrait s’améliorer à la faveur des comparaisons d’informations rendues possibles. « Alors que nous délivrons aujourd’hui des comptes annuels quatre mois après la clôture de l’exercice, nous serons en mesure de fournir des informations beaucoup plus éclairantes, en comparant grâce au big data, par exemple, la donnée du mois précédent avec celles du même secteur d’activité et de la même région », précise Cyril Degrilart.

 

Car, « l’informatisation ne va pas s’arrêter à la production comptable », s’exclame Didier Caplan, président de Compta.com. Le second niveau de l’IA consiste à rendre la machine apprenante. Dans quel but ? « Automatiser l’aide au conseil ! A l’image de ce que propose IBM avec Watson », répond Didier Caplan. Les nouvelles techniques de «machine Learning» (les algorithmes apprennent par mimétisme et par entraînement) et notamment de «deep Learning» (méthode d’apprentissage dit profond, basé sur des réseaux de neurones artificiels, qui est utilisé par exemple par Apple avec Siri pour comprendre la voix ou Facebook pour reconnaître les images), permettront à la machine d’acquérir les compétences nécessaires. L’IA via les moteurs de prédiction peut contribuer à offrir des préconisations de gestion et proposer des scenarios. Les avantages d’une telle avancée sont plus complexes à percevoir. « Les experts-comptables peuvent craindre d’être dépossédés d’une partie de leur activité. Il n’est pas inconcevable, bien qu’exclu dans l’immédiat, que dans le futur, la machine puisse sortir une liasse fiscale », indique Grégoire Leclercq. D’ailleurs, ajoute Cyril Degrilart, « le Fec annualisé remplaçant la liasse fiscale est peut-être envisageable. S’il est un jour mis en oeuvre, l’administration fiscale disposerait d’un réservoir de données pouvant générer des indicateurs hautement précis ». De là à se montrer pessimiste … Cyril Degrilart rejette l’idée, car estime-t-il, « plus les process sont automatisés, plus ils ont besoin de contrôle. Et plus les contrôles sont pertinents, plus l’être humain est indispensable ! ». Didier Caplan enfonce le clou : « Non seulement l’automatisation du conseil ne va pas se faire tout de suite, mais entre l’homme et la machine, le chef d’entreprise choisira l’homme. Simplement, l’expert-comptable doit changer de posture, pour devenir Daf à temps partagé mais c’est toujours à lui que reviendra d’établir et de valider le diagnostic ».

 

Rédigé par Véronique Méot, avec la participation de Cyril Degrilart

 

Article issu de la revue en ligne des Editions Législatves « Actuel Expert-Comptable », à retrouver ici : http://www.actuel-expert-comptable.fr/content/lintelligence-artificielle-et-la-profession-comptable-1deg

 

La seconde partie de cet article est consultable à l’adresse suivante :

http://www.actuel-expert-comptable.fr/content/lintelligence-artificielle-et-la-profession-comptable-2deg